Lettre ouverte de Benoit Robert, Président et fondateur de Communauto: Montréal fait fausse route dans sa manière d’encadrer l’électrification des VLS

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Benoît Robert
Président-directeur général
Communauto

 

La ville de Montréal a finalement adopté mardi, son règlement controversé relatif au stationnement des véhicules en libre-service (VLS). Ce règlement définit les modalités applicables au stationnement des VLS sur son territoire ainsi que le nombre de permis disponibles. Parmi ces conditions figure l’impossibilité d’ajouter de nouvelles voitures hybrides ou à essence.

 

Que fait une ville qui souhaite développer l’autopartage sur son territoire? Tout d’abord elle stimule le développement de l’offre, elle met en place les conditions qui en feront un concurrent le plus attrayant possible face à la possession d’un véhicule, elle valorise l’initiative, elle facilite la mise en place de synergies avec les différents acteurs du milieu et, qui plus est, elle fait la promotion de ce service comme d’un choix socialement responsable pour ses citoyens.

Que fait l’administration montréalaise depuis qu’elle prétend vouloir mettre en place les conditions favorables au développement de l’autopartage? Elle augmente nos coûts, elle contingente le développement de l’offre comme si l’expansion de ce service représentait une menace, elle nous impose de passer au tout électrique en sachant bien que cela nuira au rapport qualité-prix de l’offre et, pire encore, elle crée un climat d’incertitude chez les opérateurs et les acteurs du milieu nuisible à nos opérations.

N’en déplaise au responsable du transport au comité exécutif de la Ville, Montréal était déjà une référence dans le monde, dans le domaine de l’autopartage, et ce, bien avant que l’équipe au pouvoir ne se mette à jouer au prophète en faisant semblant d’avoir inventé la roue avec ce service.

L’ironie, c’est que depuis 20 ans, nous avons investi énormément d’efforts pour intéresser la Ville à l’autopartage. Que l’on s’ennuie, parfois, du temps béni de l’indifférence…

Augmentation des coûts et improvisation

Premier legs de l’administration montréalaise depuis qu’elle a décidé d’imposer son modèle d’autopartage: le prix de nos vignettes de stationnement augmentera de plus 30%, passant de 1000$ à 1320$ par année. Parle-t-on d’augmenter le prix des vignettes des propriétaires de véhicules pour maintenir l’avantage comparatif de l’autopartage? Niet! On prend vraiment l’autopartage pour une vache à lait et nos clients pour des citoyens de deuxième classe.

Déjà qu’il nous a fallu composer avec la maladresse du transfert de responsabilités entre la ville centre et les arrondissements, ce printemps, qui a fait en sorte que pendant plus d’un mois il nous était impossible de nous procurer des vignettes de stationnement donc de mettre en service de nouveaux véhicules. On ne pouvait tomber sur pire moment pour provoquer ce vide juridique…
Et la valse des improvisations se poursuit : l’administration municipale, après avoir annoncé la semaine dernière le report d’un an de l’électrification des VLS, décide finalement, que tout nouveau véhicule devra être obligatoirement électrique. On reporte ou on ne reporte pas? Il faudrait savoir. Avec ce changement de dernière minute (Demandé par qui?  Pourquoi?), Communauto est doublement pénalisée : pénalisée une première fois parce que nous nous étions déjà conformés à grand frais à l’exigence de la cible des 15% de véhicules électriques annoncée pour 2016; et pénalisé encore parce que d’une manière brutale et imprévisible on nous impose le tout électrique alors même que les responsables de cette politique savaient que nous n’avions pas terminé le déploiement de 150 véhicules à essence hybrides dont l’arrivée était annoncée depuis avril. Comment travailler efficacement dans un tel climat d’incertitude?

Au-delà de ces irritants, avec les règles qui viennent d’être adoptées, le développement d’une offre d’autopartage répondant aux besoins de la clientèle est mis à mal à Montréal. C’est dorénavant le comité exécutif qui décidera par voie d’ordonnance du nombre de véhicules en libre-service auxquels auront droit les montréalais. Sur la base de quels critères?  Mystère. Adieux l’offre et la demande. Nous entrons dans l’ère de l’économie planifiée.

Oserait-on imposer des quotas sur l’acquisition de véhicules personnels?

Le choix des véhicules électriques

Soyons clair, Communauto ne s’oppose pas au projet de l’administration de promouvoir l’électrification du volet VLS de l’offre d’autopartage à Montréal. Tout est dans le comment.

La réalité aujourd’hui est que les véhicules électriques coûtent plus cher que les véhicules hybrides ou à essence et génèrent moins de revenus à cause de leur autonomie limitée et du temps nécessaire à leur recharge. Il importe d’en tenir compte pour trouver le bon dosage. Nous sommes en désaccord avec l’objectif du tout électrique dans l’état actuel de la technologie.

Imposerions-nous ce genre de contrainte aux propriétaires de véhicules?

Communauto opère déjà depuis plusieurs années l’un des plus grand parc de véhicules électriques en libre-service en Amérique et nous avons faits plusieurs propositions à la Ville dans le but de travailler de manière constructive à l’atteinte de l’objectif qu’elle s’est fixée d’offrir à ses citoyens l’accès à un parc de 1000 voitures électriques d’ici 5 ans sans que cela n’occasionne d’effets pervers.

Malheureusement, l’équipe au pouvoir a optée pour une approche dogmatique visant le 100% électrique à un rythme qui n’aura pour effet que de limiter l’attractivité du service.

Pourquoi cette intransigeance ?  Pourquoi cet aveuglement devant les faits? À qui cela profite-t-il?

Après plus de 20 ans d’implication dans la promotion de l’autopartage ici et ailleurs dans le monde, la vérité est que je serais bien le premier à aimer le savoir. En attendant, malgré toute mon expérience, force m’est d’admettre que je ne comprends plus rien à la logique de ma propre ville.

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